LA TRANSITION

 

Ou la collapsologie positive

  • Eric Magré

De notre société en perte de repères vers le pluralisme de microsociétés équilibrées


Tout commence en 1968. Le mouvement des jeunes n’est que la face cachée d’un bouleversement anthropologique et civilisationnel majeur :

  • La population rurale devient urbaine

  • Les propriétaires laissent place à des locataires (la notion de propriété s’étiole)

  • Les indépendants deviennent des salariés

  • Les familles éparpillées sur le territoire rendent difficile la solidarité familiale

  • La solidarité naturelle est remplacée par la solidarité d’état, or il est plus difficile d’être solidaire d’individus que l’on ne connait pas. Nous passons donc d’une solidarité naturelle à une solidarité contrainte. Et c’est d’ailleurs ce qui illustre une évolution majeure : L’individu délègue progressivement l’ensemble des taches élémentaires de sa vie à l’état, celui-ci contraignant l’individu au paiement de ces services. Le seul niveau de décision est donc devenu l’état, laissant aux collectivités locales le soin de mettre en œuvre sa politique.

Avant l’ère industrielle, les individus voient le début et la fin de leur travail, ce qui donne un sens à leur vie. Ensuite, salariés de grands groupes, la principale motivation devient le salaire, et celui-ci sert à alimenter à plus de 50% l’état et les contraintes qu’il impose, le reste permettant de se nourrir, pas toujours de la meilleure manière, et de se loger. Le transport et la voiture sont également un poste important. Si la voiture est considérée comme un des derniers espaces de liberté individuelle, elle sert principalement à se déplacer vers son lieu de travail, et qui plus est les contraintes augmentent régulièrement (taxation et limitations sur la vitesse, la pollution, le stationnement, le carburant…). Aujourd’hui, en France, tout semble « parigocentré », et nous l’avons vu récemment avec la crise sanitaire pour laquelle toute la France avait droit au même traitement, alors qu’il y avait de grandes différences au sein du pays.


Tout ceci tend à nous conduire vers une perte de repères. Celle-ci pourrait être compensée par une société aux bases solides, basées notamment sur son histoire, sa culture, sa religion…

Malheureusement ce n’est pas le cas. Il y a environ cinquante ans, notre société a commencé à évoluer vers l’idéologie du progrès. Cette idéologie fondée sur l’idée que le présent est forcément meilleur que le passé ; un passé où régnait, pense-t-on, l’obscurantisme et l’oppression des minorités. Cette idéologie définit aussi la démocratie comme un continuum vers toujours plus de droits individuels, dans lequel la quintessence serait l’extension infinie des droits individuels. Ainsi, il est aujourd’hui impensable de froisser telle ou telle communauté ou personne, au nom de son identité.


Progressivement cette idéologie s’est établie comme un dogme. Les droits individuels sont institués comme valeur suprême, contre toute idée de penser une collectivité ou un bien commun. Toute remise en cause de cette idéologie est alors perçue comme une attaque contre le bien. Ce qui est paradoxal, c’est que toute personne dite bien-pensante, se targue de promouvoir le « bien vivre ensemble », une rhétorique creuse qui n’est qu’un prétexte pour ne pas froisser les droits individuels de certaines minorités.


Dans toutes nos sociétés qui perdent leur spiritualité, s’impose alors une forme de totalitarisme étouffant, où tout contact hors du dogme devient interdit.


Et les médias ne font qu’amplifier cette évolution. Les journalistes abandonnent progressivement la quette de la vérité pour la quette du bien, c’est-à-dire le respect des dogmes et la qualification de réactionnaire de tout ce qui s’y oppose. Ainsi, la pression sociale conduit à une avalanche de bons sentiments, et au conformisme des idées. Est alors qualifié de néoréactionnaire, celui qui s’oppose à l’idéologie, ou au mythe du progrès. Pourquoi le mythe ? peut-être parce qu’il est possible que dans certains cas, le passé fut meilleur que le présent, et que l’on ne prépare pas nécessairement un futur qui soit meilleur que le présent… Il faudrait alors ne pas renier le passé et même parfois s’en inspirer. Si cette approche parait avoir du sens, ce type de propos tient du blasphème chez les individus bien-pensants qui adhèrent à l’idéologie du progrès. Et ainsi, les enseignants ont tendance à réécrire l’histoire, en minimisant ou en occultant certains passages, et en mettant en exergue des détails passés sous silence jusqu’à présent. De cette manière, se construit une nouvelle définition du bien, éloignée de toute la réalité de notre histoire qui a construit les bases de notre société.


Or, le pluralisme, c’est être capable d’entendre une pensée qui n’est pas la pensée unique définie par les dogmes. C’est être capable d’entendre une pensée qui nous choque.


Force est de constater que les propos qui choquent, ou qui sont en désaccord avec le dogme, produisent immédiatement la polémique. Un médecin qui s’oppose au dogme auquel adhère un conseil scientifique parisien par exemple, ou des propos qui ne correspondent pas aux attentes des journalistes venus faire un reportage dit « d’information ». Cela conduit progressivement à occulter la réalité, de manière partielle au départ, mais la limite est régulièrement repoussée. Nous sommes aujourd’hui bien face au totalitarisme de la pensée unique.


A l’aube de changements majeurs de notre société, que ce soit suite à l’effondrement de nos systèmes alimentaires, de santé, d’énergie, de justice, de sécurité… il semble important de ne pas enfermer notre société dans les dogmes de la pensée unique, d’accepter la contradiction, et de la considérer comme une source d’évolution vers de nouveaux systèmes de société qui se doivent d’être plus résilients aux changements qui nous attendent. Il semble important que les individus retrouvent une dimension locale, où l’on peut recréer une société équilibrée. Pas équilibrée au sens de la pensée unique, mais équilibrée au regard des réalités locales. Les réalités locales étant différentes d’une commune, d’un département ou d’une région à l’autre, cela sous-entend que les microsociétés locales seront différentes à l’échelle du pays. Finalement, le retour du pluralisme sera une des conséquences bénéfiques de l’effondrement à venir.

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